coach en orthographe
coach en orthographe

réforme de l'orthographe

Cinq mots incendiaires embrasent toutes les discussions

Depuis quelques jours, cinq mots ont enflammé les médias, les réseaux sociaux et les discussions de comptoir. Ces cinq mots incendiaires sont : « NOUVELLE REFORME DE L’ORTHOGRAPHE ».

Partout, on crie au crime. On pleure la disparition d’un accent, d’un trait d’union. Dans la rue, ceux qui se plaignent dès que faire se peut de la difficulté de leur langue se découvrent une âme de preux chevalier prêt à se battre soudain pour défendre son honneur.

Plutôt que de mettre de l’huile sur le feu et d’attiser un brasier déjà bien ardent, essayons d’analyser les faits de manière objective.

Il n’y a rien de nouveau dans cette nouvelle réforme puisqu’elle s’appuie sur des recommandations qui existent depuis 1990. Certains manuels les appliquent déjà et, de la même manière, certains professeurs les enseignent déjà. Mais en avait-on conscience ?

Il n’y a rien de réformant non plus dans cette nouvelle réforme puisque ce n’est pas réellement une réforme. Il n’est pas question de substituer une graphie d’un mot à une autre, mais simplement de dire que les deux graphies sont autorisées. En effet, dans le but de ne pas faire désapprendre ce que certains ont déjà appris, il a été décidé que les deux orthographes traditionnelle et moderne seront correctes. Ni millepattes, ni mille-pattes ne pourront donc être considérés comme fautifs.

Qu’est-ce qui est nouveau ?

Et bien alors, me direz-vous, pourquoi tous ces cris puisqu’on pourra écrire (presque) comme on veut et qu’on aura (presque) toujours raison ?

Peut-être parce qu’une chose va tout de même radicalement changer dans les mois qui viennent : tous les manuels scolaires des classes de primaire (et peut-être du secondaire) appliqueront, à la rentrée 2016, la nouvelle orthographe. Jusqu’à présent, certains éditeurs s’y refusaient faisant valoir qu’il était difficile de proposer deux codes différents à l’élève, notamment quand ces ouvrages sont parsemés d’extraits d’œuvres littéraires. Mais les éditeurs ont désormais décidé, à l’unanimité, de produire pour septembre des manuels mettant en œuvre les rectifications de l’orthographe telles qu’elles ont été proposées en 1990.

Pourquoi cette décision anime-t-elle le débat ?

Ce qui agite le plus l’opinion publique, c’est la disparition de l’accent circonflexe. Mais comme on vient de le dire, il ne disparaîtra pas. Puisque la graphie île sera toujours utilisée et puisqu’il sera de toute façon conservé sur les mots pouvant prêter à confusion comme mûr ou qu’il fût.

L’accent circonflexe ne disparaîtra pas et nous aurons toujours le droit d’écrire île. Mais alors tout va bien ! Ce débat est clos.

Mais est-ce le bon débat ?
Se pose-t-on les bonnes questions ?

Une langue vivante est par définition en constante évolution. Chaque année, les dictionnaires les plus connus, et même celui de l’Académie française, accueillent de nouveaux mots issus de l’usage. On peut penser à selfie ou à café gourmand... Interrogeons des gens dans la rue, tous connaissent kéké ou psychoter. Même si on est un peu surpris de les voir apparaître dans les dictionnaires — qu’on s’en émeut ou qu’on en rit chaque année —, on les tolère, car bien que saugrenus quelquefois, ils nous sont néanmoins familiers. Et on finit par les accepter.

Ce qui choque en ce moment, c’est probablement qu’un grand nombre d’entre nous n’avait jamais entendu parler de ces rectifications. Et si personne n’en a entendu parler, c’est très vraisemblablement parce qu’elles ne sont pas utilisées et ne sont donc pas entrées dans l’usage. Alors cette décision, qui a mis 26 ans à être prise, apparaît à tous comme une nouveauté et de ce fait semble brutale. La pilule est difficile à avaler.

Mais au milieu de toutes ces prises de position sentimentales, une question a du mal à se faire entendre.

Qu’est-ce qu’une langue et à quoi sert-elle ?

Le terme de langue, du point de vue sociolinguistique, définit tout outil remplissant deux fonctions sociales fondamentales : la communication (c'est grâce à la langue que les individus d’un même groupe échangent et mettent en commun leurs idées, leurs pensées, leurs émotions, etc.) et l’identification (la langue est un marqueur identitaire).

Une langue représente donc un socle commun, une base structurante sur lesquels se fonde la communication de tous ses utilisateurs. Pour qu’ils puissent communiquer pleinement et clairement, il leur faut utiliser la même langue. Cela sera-t-il toujours possible si la double graphie reste autorisée ?

Un professeur doit-il enseigner uniquement la nouvelle orthographe ? Est-il censé indiquer les deux graphies à son élève ?

Dans le premier cas, cela ne risque-t-il pas de créer un fossé entre les jeunes qui vont tous utiliser des manuels révisés à partir de septembre 2016 et les anciens qui ont à peine connaissance de ces rectifications proposées en 1990 ?

Dans le second cas, cela va-t-il simplifier l’apprentissage de la langue s’il doit préciser à chaque mot qu’une deuxième graphie est possible, si au lieu d’apprendre une seule orthographe, les enfants doivent en retenir deux ?

En homologuant les deux graphies, on s’appuie sur le principe qu’on ne veut pas désapprendre aux générations précédentes ce qu’elles ont appris. Mais cela sera-t-il suffisant pour que ces deux générations se comprennent ? Ne risque-t-on pas de se trouver face à une incapacité à communiquer proprement ? Que se passera-t-il, dans une dizaine d’années, quand un jeune adulte présentera sa lettre de motivation à un employeur plus âgé ? Ce recruteur sera-t-il en mesure de distinguer que ce candidat applique les rectifications de l’orthographe ou mettra-t-il ces différences de graphie sur le compte de fautes d’orthographe… et la candidature à la poubelle dans la foulée ?

Autrement dit, quand un jeune, formé à la nouvelle orthographe, s’adressera à un ancien devra-t-il veiller à appliquer l’ancienne orthographe, de peur d’être pris pour un ignare s’il ne met pas l’accent circonflexe sur le i d’île ou s’il évoque son portemonnaie d’actions en un seul mot ?

LA question est posée…

Nos prochaines formations

+33 (0) 972 358 381